Pourquoi les chasseurs sont-ils la nouvelle cible des médias et de certains politiques ?

Article de chassons.com du 10 juin 2020

Le monde de la chasse est très gravement attaqué en ce moment par des animalistes soutenus par quelques grands médias et personnalités politiques. Menaces envers le président Willy Schraen, bad buzz orchestrés par Pierre Rigaux, Hugo Clément, Brigitte Bardot ou encore Nagui, les atteintes à l’encontre de la chasse ont franchi une nouvelle étape hier avec la tribune signée par 62 parlementaires et demandant la fin des chasses traditionnelles. Le sujet devenant désormais politique, nous avons proposé à Eddie Puyjalon, le président du Mouvement de la Ruralité de répondre à nos questions afin d’analyser la période que nous traversons. Entretien.

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Baudouin de Saint léger - Chassons.com. Le député LREM Loic Dombreval vient de publier une tribune avec 62 parlementaires pour demander la fin des chasses traditionnelles. Mais entre les policiers et le coronavirus, on se demande si la chasse n’est pas en ce moment le punching-ball préféré des politiques et des médias, pourquoi selon vous ?

Eddie Puyjalon  Aujourd’hui les chasseurs, comme les agriculteurs, sont la cible préférée de certains politiques et de plusieurs médias. C’est probablement la conséquence de plusieurs facteurs. Tout d’abord, l’action permanente et puissante des associations animalistes ayant de gros budgets, pour certaines alimentées par des fonds étrangers dans le but de mettre à mal l’élevage ou la consommation carnée. D’autres ont trouvé ce moyen pour vivre lucrativement de cet engagement. Il faut juste faire le buzz et faire du trash pour sensibiliser l’opinion. Les médias veulent du sang, des tags malsains, des seins nus et des slogans extrêmes… C’est la porte ouverte permanente à L214, à Peta, à la LPO et à toutes ces associations qui ne vivent que grâce à leurs actions violentes ou par la provocation de leurs actions. Il en est ainsi d’Allain Bougrain-Dubourg, de monsieur Rigaux, comme de L214 ou de Ava… Avec la Covid-19 et le confinement, les Français ont eu besoin de nature pour retrouver une forme de liberté et l’action des militants animalistes a été d’amplifier les mensonges sur le ressenti des animaux et sur le danger de la chasse à l’image de la dernière lettre scandaleuse de Brigitte Bardot.

Pourquoi les médias sont-ils incapables  de présenter les actions du monde cynégétique ?

E.P. Les grands médias ne rentrent pas en profondeur dans l’organisation du monde cynégétique, ni même dans ses actions environnementales permanentes. Là encore, les commanditaires sont les grands financiers de ces organes de presse, la ligne éditoriale est actée à l’avance. Il n’est pas dans leurs intentions de donner une vitrine juste de l’action des chasseurs, il leur faut de l’écologie politique et de l’écologie punitive.  

Pourtant les chasseurs sont de vrais acteurs sur le terrain de la biodiversité ?

E.P. Les chasseurs et leurs structures œuvrent toute l’année sur des sujets environnementaux.  Ils assurent l’entretien des milieux, plantent des arbres, sèment des jachères faune sauvage en partenariat avec le monde agricole et les apiculteurs. Ils assurent de nombreuses études scientifiques, comptent, observent, évaluent, analysent. Ils poussent la connaissance au maximum, posent des balises sur les espèces pour mieux connaître leur vie, leur migration.  Les chasseurs s’investissent dans l’aménagement du territoire, ils organisent des nettoyages de la nature. Ils sont aussi très actifs quand des projets viennent perturber les équilibres naturels comme les projets éoliens dans des couloirs de migrations ou d’hivernage. Ils sont de plus des sentinelles de la nature au quotidien face aux risques sanitaires ou aux espèces invasives.

Et plus concrètement sur le terrain politique, les chasseurs s’investissent également sur les dossiers environnementaux ?

E.P. Mon exemple personnel le prouve, moi qui suis un chasseur élu en région Nouvelle-Aquitaine, je passe de nombreuses heures sur des sujets environnementaux. Mes interventions sont souvent sur l’écologie et les pollutions, qu’il s’agisse des perturbateurs endocriniens avec les stations d’épuration ou de l’impact des éoliennes avec les pollutions aux terres rares, les infrasons et les champs électromagnétiques, sur les espèces invasives, mais aussi sur le bon sens pour l’entretien des réseaux hydrauliques et des zones humides. Mon implication est à la hauteur de celle des représentants d’EELV. Mais ma différence, c’est que je ne pratique pas le dogmatisme ni l’écologie punitive !

Les chasses traditionnelles seraient nuisibles à l’image de la chasse, au contraire ne seraient-elles pas selon vous une forme de diversité ?

E.P. Nos chasses traditionnelles sont un véritable patrimoine naturel pour la France et ses régions.  Elles sont l’histoire de la vie des hommes sur leur territoire, le fruit de leurs observations de leurs adaptations à la nature, de l’ingéniosité humaine dans ces modes de chasse. Avec elles, il y a nécessairement toute l’histoire de la gastronomie locale, de la convivialité et des fêtes rurales. On est loin des massacres et des souffrances bêtement mises en avant par ces parlementaires et les associations animalistes. Ils ne connaissent pas ces chasses et encore moins les passionnés qui les font vivre.  Ils répètent comme des perroquets la prose de la LPO et d’autres activistes de la cause animale qui ont besoin de ces extrémismes pour vivre et faire fonctionner leur petite entreprise, parfois de près de 200 salariés. Excusez du peu !

Ceux qui s’opposent aux chasseurs n’ont que le bien-être animal à la bouche, mais la nature, dans toute sa beauté, ne cache- t-elle pas aussi ses souffrances ?

E.P. C’est vrai, tous mettent à leur sauce le bien-être animal et veulent censurer des chasses traditionnelles qui sont pourtant sélectives et qui occasionnent bien moins de souffrance que la vie sauvage elle-même. Vont-ils empêcher la pie de crever les yeux du lapereau pour atteindre son cerveau durant de longues minutes avant qu’il ne trouve la mort ? Vont-ils empêcher les poules de piquer les jeunes oisillons tombés du nid, gesticulants, ensanglantés en piaillant et passant de bec en bec jusqu’à la mort ? Que disent-ils des brebis à moitié égorgées, les entrailles à l’air, parfois leurs agneaux, la panse éventrée par les crocs des loups… ? Vont-ils traîner devant les tribunaux pour maltraitance animale le héron qui a décimé toute une bande de grosses carpes qu’il ne pourra pas engamer et qu’il va laisser agonir sur le bord de l’étang la gueule ouverte au soleil, le corps percé par son bec effilé ? Bien sûr, ils pourraient aussi traîner les industriels de l’éolien qui inflige des douleurs aux chauves-souris, les viscères éclatés par les infrasons pulsés et qui décapitent des rapaces et autres volatiles. Ils pourraient même se mobiliser contre la souffrance animale infligée aux vaches et aux veaux proches de ces installations, ces animaux qui meurent dans d’atroces souffrances comme chez Stéphane Le Bechec ou Didier Potiron près du parc éolien des Quatre-Seigneurs (Loire-Atlantique)…

Les députés parlent de morts indignes et non sélectives des espèces chassées, avez-vous déjà vu beaucoup de députés venir le vérifier sur le terrain ?

E.P. Non ! bizarrement, on ne voit ni les écologistes ni ces députés animalistes ? En revanche, on voit un chasseur comme moi qui s’implique pour défendre la vie de ces éleveurs et celle de leurs animaux comme pour la vie sauvage. Car pour cette société bien-pensante, il est plus facile d’incriminer un chasseur que de jeter l’opprobre sur des énergies soi-disant vertes et qui sont pourtant facteur de souffrances animales.

Mais alors comment devons-nous faire pour mieux valoriser notre image ?

E.P. Les chasseurs doivent prendre à bras-le-corps la dimension environnementale tout en usant de tous les rouages de la communication. L’exemple de quelques nouveaux youtubeurs est intéressant, Richard sur Terre par exemple ou Philippe Lavit. De même, le champ pris par un média comme le vôtre ouvre cette voie de la communication. Je crois qu’il ne faudrait pas grand-chose pour sensibiliser les Français à l’aspect affectif de la chasse. Je suis persuadé qu’après l’épisode de la Covid-19, nous pourrions donner du sens aux valeurs que porte cet art naturel. Autour de la chasse, il y a la dimension sociétale et humaine. Tout un art de vivre qui rapproche l’homme de la nature sans dogmatisme. L’histoire des peuples inuits au Canada nous apprend cette leçon de vie et de l’impact que peut avoir la propagande de l’écologie punitive. Celle qui les a privés de leur relation à la chasse et à la pêche pour les plonger dans celle de la malbouffe… Le constat fut tellement catastrophique sur leur santé qu’aujourd’hui on les rééduque à la chasse et la pêche pour une alimentation équilibrée et en adéquation avec la vie boréale. Pour qu’ils redeviennent ceux qu’ils étaient, un peuple de chasseurs, pêcheurs, cueilleurs en adéquation avec leur environnement.

Comment voyez-vous la suite des débats ? Comment les chasseurs peuvent-ils défendre leur passion ?

E.P. Nous avons investi le champ de la science, celui du monde politique et, je crois, après tant d’années, qu’il va falloir investir celui des Français pour retrouver le chemin de leur cœur. Car à la différence des premiers qui peuvent changer souvent leur fusil d’épaule, nos compatriotes, au travers d’un partage sociétal, peuvent accorder pour longtemps leur confiance à des hommes et des femmes qui pratiquent la chasse dans le respect d’un environnement et d’une qualité de vie qu’il pourrait même envier un jour qui sait…