Le cirque traditionnel n'est pas un lieu de maltraitance animale

Tribune de Gilles-William Goldnadel, avocat, et Yves d'Amécourt, porte-parole du Mouvement de la ruralité, publiée par FigaroVox le 15/10/2021

FIGAROVOX/TRIBUNE - Le parlement est en passe d'adopter une proposition de loi permettant d'interdire la détention d'animaux dans les cirques. Pour les trois cosignataires de cette tribune, cette mesure peut paradoxalement générer des abandons préjudiciables aux animaux.

 

Pendant que le débat public est monopolisé par le choix des prochains candidats à la présidentielle… Alors que de très nombreux étudiants français sont en grande précarité, que les hôpitaux manquent de personnels soignants et les territoires de médecins. Alors que nos frontières ne sont plus gardées et que l'immigration irrégulière se développe sans qu'on sache la gérer. Alors que notre régime des retraites cherche désespérément l'équilibre, que le coût de l'énergie explose affectant durablement le pouvoir d'achat des ménages … Alors que les caïds des banlieues pourrissent la vie de milliers d'agents publics et de centaines de milliers d'habitants, créant des zones de non-droit où l'économie parallèle les nourrit, dans un certain nombre de villes. Pendant que la voix de la France devient un peu partout inaudible… Le Parlement va consacrer une partie de son temps pourtant si précieux à organiser la mort minutieuse et programmée du cirque traditionnel.

La maltraitance animale au sein du cirque n'existait plus dans nos contrées. Les animaux naissent depuis longtemps au cœur des cirques qui sont devenus leur milieu naturel.

Pourquoi s'en priver quand c'est si facile ?

À la suite du puissant lobbying d'associations militantes, il s'est installé dans l'opinion publique la conviction que le cirque, c'est mieux sans les animaux.

Sans doute, si l'on regarde le cirque avec les images du passé, quand on allait capturer des animaux dans la nature pour les enfermer en ménagerie et ensuite les dompter, était-il nécessaire que les choses évoluent. En France, les associations, les professionnels, les amateurs, le législateur se sont mobilisés pour faire évoluer le métier avec des résultats fantastiques notamment pour l'amélioration des conditions de vie, à la fois des gens du cirque et de leurs animaux.

Mais en poursuivant une guerre contre le cirque, sans prendre la mesure de ce qu'est véritablement le cirque traditionnel, les défenseurs de la cause animale, qu'ils soient des particuliers, des associations ou des politiques sont en train de créer une situation de maltraitance animale qui n'existait pourtant plus …

La maltraitance animale au sein du cirque n'existait plus dans nos contrées. Les animaux naissent depuis longtemps au cœur des cirques qui sont devenus leur milieu naturel. Les animaux sont, dans les cirques, des membres à part entière de la communauté où ils y vivent dans une grande majorité jusqu'à leur mort, à des âges bien plus avancés que dans la nature ou les parcs où l'on voudrait maintenant les conduire de force.

En outre, l'activité circassienne est extrêmement réglementée, peut-être l'une des activités les plus réglementées de France : il faut détenir une licence de capacité pour détenir des animaux non domestiques, et de nombreuses normes encadrent, notamment, le transport, l'habitat, ou les spectacles qui ne doivent jamais placer l'animal en situation de difficulté.

Tout cela, a été imaginé par on ne sait trop qui, ni dans quel bureau … sans avoir jamais réalisé la moindre investigation sur le terrain.

Il faut bien vouloir considérer, enfin, que tous les faits et gestes des circassiens sont surveillés de près qu'ils soient issus d'associations ou de simples particuliers. Tous disposent d'outils très efficaces pour dénoncer des pratiques inappropriées et d'un arsenal de lois pour engager des enquêtes sanitaires ou judiciaires en cas de suspicion d'actes de maltraitance. La pression sociale sur les cirques est énorme.

La proposition de loi que vient d'adopter le Parlement a choisi de «régler» définitivement le sort des animaux non domestiques en les retirant à la garde de leurs cirques ! Était-ce nécessaire d'humilier ainsi des hommes et des femmes qui ne vivent, pour certains d'entre eux, que pour leur relation avec le monde animal ?

En installant la possibilité d'interdire, par décrets à venir, la détention et la présentation d'animaux dans les spectacles itinérants selon des listes à revoir chaque année (en fonction de quoi si ce n'est en fonction de l'avancée prospère de futurs «sanctuaires» ?) la proposition de loi, téléguidée par Madame Barbara Pompili, ministre de la transition écologique, crée toutes les conditions pour que des animaux soient abandonnés par ceux qui les aiment le plus au monde !

Tout cela, a été imaginé par on ne sait trop qui, ni dans quel bureau … sans avoir jamais réalisé la moindre investigation sur le terrain, ni avoir produit la moindre étude éthologique élémentaire. Il est vrai que si ce travail avait été fait, les études auraient montré qu'un éléphant ou les psittacidés peuvent immédiatement mourir d'être séparés de ceux qui les soignent.

 

Tous ceux qui connaissent et aiment vraiment les animaux ne peuvent accepter qu'ils soient enlevés à leur vie sans prise en considération des conséquences de telles ruptures ni aucune aide aux familles.

Enfin, cette séparation n'est compensée par aucune indemnisation … Les circassiens ont déjà un genou à terre après les confinements, voilà qu'on les condamne à cesser leurs activités, en leur retirant leurs compagnons de routes et de spectacles, sans aucune aide à la reconversion !

Aujourd'hui, seuls peuvent bénéficier des millions d'euros d'aide du ministère de culture les cirques contemporains, sans animaux, qui recourent à des metteurs en scène et autres spécificités du théâtre qui ne sont pas celles du cirque traditionnel, celui qui sillonne la France des territoires, pour enchanter nos familles et permettre à nos enfants de poser un regard sur le monde. Défendre les animaux au cœur du cirque, c'est aussi défendre une tradition bien française de diversité culturelle.

Tous ceux qui connaissent et aiment vraiment les animaux ne peuvent accepter qu'ils soient enlevés à leur vie sans prise en considération des conséquences de telles ruptures ni aucune aide aux familles.

Pour citer la grande Annie Fratellini «Le cirque, c'est un rond de paradis dans un monde dur et dément !». Les animaux ont leur place au paradis, au milieu des hommes.