La ruralité n'est pas une définition statistique ou administrative !

Amandine Sanvisens, cofondatrice de Paris Animaux Zoopolis (PAZ), une association de protection animale, estime, dans sa tribune « Manipuler la notion de ruralité pour défendre des pratiques cruelles envers les animaux est malhonnête et scandaleux » sur le site du "Monde", que les partisans de la chasse enferment la ruralité dans une définition qui ne correspond pas à la réalité, avec pour seul objectif de refuser le débat (lire le texte intégral).
Manuel LAUNOY, Président LMR Saône-et-Loire et de Bourgogne-Franche-Comté lui répond.

 

Madame Sanvisens,

Néorural et surtout président du Mouvement de la Ruralité de la Saône-et-Loire et de la région Bourgogne-Franche-Comté, il me paraît nécessaire de répondre à votre tribune.
La Ruralité n'est ni une définition de l'INSEE, ni un concept sorti de la poche de pseudo "Lobbys" que vous pensez combattre.
La Ruralité s'incarne dans un écosystème humain, social et économique de proximité. Elle s'incarne dans la diversité des paysages façonnés par des générations d'agriculteurs. Paysages qui nous permettent d'être une des principales destinations touristiques de notre planète. Paysages qui démontrent que la France est depuis bien longtemps un milieu anthropique.
La Ruralité s'exprime dans les loisirs qui y sont pratiqués et dans ce vivre ensemble, magnifique équilibre entre solidarité, convivialité et divergences d'opinions.

Vous citez votre parcours de vie, je vais faire de même. Petit-fils d'artisans du bâtiment, fils de fonctionnaires, j'ai choisi la voie agricole pour mes études et mon travail. Trois générations, moi inclus, sans un chasseur ni un pêcheur. Libre à vous de me reprocher d'être conseiller en élevage.

En revanche, vous n'êtes ni une bobo parisienne comme vous prétendez l’être pour vous victimiser, ni une rurale.
Vous êtes l‘une des chefs de file de la mouvance antispéciste animaliste, ce qui comme le fait d'avoir l'esprit rural n'est ni conditionné à votre origine géographique ni à votre lieu de vie.

Les chasseurs et les pêcheurs ne tentent pas de s'accaparer une notion de ruralité (??), ils en sont un élément.
Il n'y a nulle entrave au débat démocratique puisque les représentants de nos deux points de vue sont entendus avec la même attention par les élus de la République. Cela s'appelle la démocratie.
Voudriez-vous que seuls les antispécistes aient voix au chapitre pour dicter aux habitants des campagnes la façon dont ils doivent vivre?
Oui seuls les êtres humains sont considérés comme les acteurs de la ruralité. Ce sont eux qui souffrent de la désertification rurale : fermeture des classes d'école, fermeture des commerces de proximité, éloignement des services publics (santé et administratifs); problématiques de l’emploi et de la mobilité; problématique du vieillissement…
Ce sont eux qui, grâce à une pléthore d'associations, entretiennent les campagnes, les chemins de randonnée et plus globalement le paysage. Ce sont eux qui, par les impôts, financent les collectivités locales.

Après les cirques, votre nouvelle cible est la pêche de loisir. Vous attaquez plus d'un million de licenciés qui participent à l'entretien des berges, des frayères et qui sont les premiers lanceurs d'alerte en cas de pollution halieutique.
Un volume d'heures de bénévolats considérable que nul service public n'est capable de mettre en place.
Les chasseurs ne sont pas en reste au regard des kilomètres de haies replantées chaque année, le comptage des gibiers, la surveillance sanitaire ou encore la réintroduction d’espèces.
Enfin, il faudrait oublier votre image d'Épinal qui moque le citadin. Les quelques mésententes entre citadins et ruraux qui sont relayées par la presse sont anecdotiques en rapport aux millions de nos compatriotes qui viennent profiter de la campagne ou retrouver leurs villages d’enfance.
Nous avons tous plaisir de voir nos villages revivre à partir des beaux jours avec des personnes que nous apprécions et respectons. Le vivre ensemble !

Votre seul souci, comme vous le soulignez, est que 88 % des maires sont des maires ruraux. Dans ces 88% de communes rurales, il y a un conseil municipal composé de personnes élues pour leurs compétences ou opinions. Et oui il y a des élus qui sont chasseurs, ou pêcheurs ou éleveurs.
Encore une fois: c'est la démocratie.

La conclusion de votre tribune est très claire.
Vous appelez à supprimer le droit d'expression à ceux qui s'opposent à vos idées antispécistes. Hélas nous sommes nombreux à ne pas vouloir être muselés par votre idéologie mortifère.
Que vous encouragiez la protection des espèces commensales (sinanthropes) c'est-à-dire les rats, les pigeons, les punaises de lit et j'en passe, est une chose qui ne regarde que vous et vos voisins. En revanche l'interdiction à terme de toutes les activités d'élevage ou de loisirs liés aux animaux, car tel est le projet antispéciste, amènerait à la destruction de nos emplois, de nos produits de terroirs, de notre gastronomie, de nos paysages et de notre joie de vivre.

Je préfère "être heureux comme Dieu en France" que vivre sous le joug d’antispécistes sectaires.