La Ferme de la Reine des Prés, pour Marie-France, «le projet d'une vie»

Marie-France Dabert a trouvé sa voie professionnelle dans la cueillette, la production, la transformation et la commercialisation des plantes aromatiques et médicinales. Rencontre à la Ferme de la Reine des Prés à Boussoulet...

Article de haute-loire-paysanne.fr - 20 août 2020

Si Marie-France Dabert cultive quelques aromatiques, elle parcourt aussi la campagne sur le secteur du Mézenc pour cueillir ses plantes sauvages. - © HLP
La valise pleine d'années d'expériences de vendeuse en boulangerie et magasin bio, d'ouvrière agricole... de formations en restauration-cuisine, en plantes médicinales... de rencontres et d'accidents de la vie, Marie-France Dabert a quitté son Puy-de-Dôme natal pour s'installer à Boussoulet sur la commune de Champclause. Elle a acheté une charmante petite ferme avec un lopin de terre à l'entrée du village, pour y construire «le projet d'une vie».

Depuis janvier 2020, elle est officiellement agricultrice sur la "Ferme de la Reine des Prés", après avoir suivi une formation de 8 mois au CFPPA de Marmilhat (63) sur les "plantes à parfum aromatiques et médicinales" dans le cadre d'un certificat de spécialisation. D'une famille d'éleveurs de brebis Ravats près de St Nectaire dans le Puy-de-Dôme, cette femme est aujourd'hui très fière de son retour à la terre. C'est un coup de coeur qui l'a conduite ici à Boussoulet, dans un «secteur où la montagne est encore sauvage, préservée...».
à l'image de son parcours pour en arriver là, le travail en plantes aromatiques et médicinales consiste en une succession d'étapes : cueillette, production, transformation, conditionnement, vente, sans oublier toute la partie administrative et réglementaire.

Pour les tisanes, les plantes sont cueillies, séchées puis mises en boite et étiquetées, le tout à la main. - © HLP  Militante
Mais Marie-France prend du plaisir dans son travail quotidien, rythmé par les saisons et la pousse des nombreuses plantes qu'elle trouve dans la campagne environnante. «On a une richesse incroyable de plantes par ici» souligne-t-elle. «Reine des prés (qui a prêté son nom à la ferme), épilobe, Serpolet, Pensée, Ronce, Aubépine, Cynorhodon, Cistre, Sureau, Ortie, Hêtre, Frêne, Pin sylvestre, Myrtillier, Framboisier...», autant de fleurs, feuilles ou bourgeons avec lesquels Marie-France fait des tisanes, des sirops ou des compléments alimentaires. Et pour compléter la gamme, elle cultive Verveine, Camomille, Thym, Romarin, Sauge... et va, dès cet automne, planter des cassis pour les bourgeons. Bref tout un panel de senteurs et de couleurs pour le plaisir des papilles et le bien-être des corps.

La cueillette, c'est tous les jours d'avril à octobre, en fin de matinée et fin d'après-midi. «Souffrant d'un handicap, je dois adapter ma journée de travail» précise l'agricultrice. Une fois les plantes récoltées, il faut les faire sécher, macérer, les cuire et stériliser ou pasteuriser... les transformer pour arriver au produit fini. Une ou des opérations qui prennent plus ou moins de temps et qui demandent patience et savoir-faire. Vient ensuite le moment du conditionnement, de l'étiquetage puis de la vente. 2020, c'est la première année pour Marie-France Dabert, une année de rodage, mais déjà, elle commence à se faire connaître.

Dès que possible, elle va engager des travaux pour aménager une salle de transformation et un espace de vente sur place. Elle projette également d'organiser des ateliers pour initier les gens aux bienfaits des plantes et les conseiller pour faire leurs tisanes par exemple. Car si Marie-France aime se retrouver avec ses plantes, elle aime aussi partager et échanger. Quand un client entre chez elle, elle lui propose une tisane et de suite la conversation s'installe, tout naturellement.

Profondément optimiste, mais néanmoins réaliste, Marie-France Dabert se donne «5 ans pour pouvoir vivre de mon atelier». Il lui a fallu découvrir les sites de cueillettes, s'adapter au climat rude, et il faut se faire connaître. Mais pour cela, elle peut compter sur son dynamisme. Engagée, elle est présidente du Mouvement pour la Ruralité de Haute-Loire, adhère à la FDSEA, milite pour la condition de la femme en milieu rural... et elle chasse. Atypique c'est sûr, dynamique et battante, elle accroche un sourire sur son visage comme pour une invitation à la suivre dans sa quête de l'authenticité, dans son «envie de transmettre un art de vivre» ancré dans «ce territoire à la nature généreuse et aux habitants accueillants».


Quid du statut de paysan-herboriste ?
Une plante médicinale est une plante utilisée pour ses propriétés thérapeutiques dès lors qu'au moins une de ses parties (feuille, tige, racine...) peut être employée dans le but de se soigner.
La gemmothérapie (du latin "gemmae", qui signifie à la fois bourgeon et pierre précieuse) est une pratique à visée thérapeutique inventée par un homéopathe belge Pol Henry. Elle utilise des tissus embryonnaires végétaux en croissance tel que jeunes pousses, bourgeons et radicelles, préparés par macération. Définie comme une thérapie cellulaire énergétique globale, à la Ferme de la Reine des Prés, on l'a présente comme un complément alimentaire.
ATTENTION, ce domaine d'activités autour de la phytothérapie, est très réglementé, et néanmoins, Marie-France Dabert regrette le flou qui l'entoure. Ainsi, «j'ai le droit de faire mes préparations, et d'apposer sur l'étiquette la composition, une posologie... Mais je ne dois pas noter ni même expliquer à mes clients à quoi elles servent sur un plan thérapeutique...».

En France, le diplôme d'herboriste a été supprimé laissant au domaine de la pharmacie le soin de commercialiser les produits à base de plantes. Mais, «le Syndicat des Simples se bat depuis plusieurs années, pour faire reconnaître le statut de paysan-herboriste...» explique Marie-France, qui attend une législation plus claire pour faire partager et transmettre ses connaissances dans le domaine de la phytothérapie.

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