Eddie Puyjalon : « Nous souhaitons tout décentraliser ! »

Article le 7.info

2021 06 14 le7info Article le7.info du 14 juin 2021

 

A quelques jours des élections régionales, Le 7 donne la parole aux huit têtes de liste. Troisième volet avec le candidat du Mouvement de la ruralité, Eddie Puyjalon.

 

Quelle serait votre première mesure si vous étiez élue à la tête de la Région ?

« Aujourd'hui, la France importe 60% des fruits que nous consommons, 40% des légumes, 25% de la viande rouge, 50% de le viande blanche, 75% de fleurs coupées ! Nous lancerons un plan « agriculture grande cause régionale ». Nous flécherons les dépenses inutiles de la Région, à l’exemple d’un financement de plus de 50 000 € pour éduquer les loups à ne pas manger les brebis ou encore au financement d’un fourgon vegan pour les réallouer dans l'agriculture, la forêt et la pêche ! Pour protéger le tourisme et nos territoires ruraux, nous annulerons l’actuel Schéma régional d'aménagement, de développement durable et d'égalité des territoires (SRADDET), qui fait la promotion des éoliennes. Notre région produit 56 TWh d'électricité et en consomme 39TWh. Cette électricité est totalement décarbonée. Nous n'avons pas besoin d'éolienne. »

Qu’est-ce qui vous sépare/rapproche du président sortant Alain Rousset ?

« Ce qui nous rapproche, ce sont ses qualités humaines. C'est un homme sympathique et respectueux de son opposition. Ce qui nous sépare, c'est son programme pour la Région : le refus d’investir dans les routes pour désenclaver les territoires ruraux et régler la circulation sur la rocade bordelaise. L'échec de sa politique concernant les trains et le rail. C'est la frénésie à installer des éoliennes sur tout le territoire alors que notre région est riche de l'énergie nucléaire et de l’hydroélectricité, c'est sa politique depuis vingt-cinq ans qui aboutit à la désertification des territoires ruraux, à la métropolisation et à la concentration de l'économie. Il s’enferme dans une politique de surenchère avec Europe Écologie les Verts, à sens unique, excluant les débats de fond à la Région. Pourtant, à l’image de la gestion de l’eau ou de l’envahissement des éoliennes, il y avait une possibilité d’ouvrir à la connaissance, alors qu'Alain Rousset a annoncé qu’il ne croyait pas avoir vu une seule éolienne s’implanter ces derniers temps. Nous préférons le pragmatisme au dogmatisme et nous voulons sortir de cette vision idéologique de la gestion de nos territoires. Nous serons plus ouverts à la concertation et au débat scientifique. Il n'y a pas de démocratie sans connaissances. »

Les compétences du Conseil régional sont assez peu connues des habitants. Comment serait-il possible de mieux les faire connaître ?

« Nous, ce qui nous intéresse, c'est que les trains roulent, qu'ils soient plus nombreux le matin et le soir pour permettre aux habitants d’organiser leur vie professionnelle et familiale. Ce qui nous motive, c'est que les lycées et les centres de formation fonctionnent bien et qu'ils soient mieux répartis sur le territoire. Ce qui nous mobilise, c'est le développement de l'économie et de l'emploi. La formation de nos jeunes aux métiers dont la région manque cruellement. Peu importe que les habitants sachent que ce sont des compétences de la Région. Notre Région communique trop sur elle-même et pas assez sur ses talents. Notre objectif à nous est de communiquer sur les richesses de la Région pour les développer et les faire connaître, pas sur les compétences du Conseil régional. »

Quelles compétences souhaiteriez-vous décentraliser ?

« Nous souhaitons tout décentraliser ! Aujourd'hui, la soi-disant « décentralisation » depuis Paris a été une recentralisation sur Bordeaux ou ailleurs. Tout cela n'a aucun sens. Rendez-vous compte que l’État, pour « dédommager » Limoges après la fusion des 3 régions pour former la Nouvelle-Aquitaine, a installé la Draf (Direction Régionale de l'Agriculture et de la Forêt) à Limoges. C'est parfait pour le Limousin mais c'est un désastre pour les Landes et les Pyrénées-Atlantiques ! Cette grande Région ne ressemble à rien. Inversement d'autres Directions régionales de l’État sont à Bordeaux ou à Poitiers. Tout cela éloigne la Région du terrain et nuit à son efficacité. Nous installerons des antennes de la Région partout : dans les communautés de communes, dans les antennes des Chambres de commerce, d'agriculture ou des métiers et de l'artisanat. Notre objectif est d'aider les porteurs de projet sur le territoire en étant le plus proche possible d'eux. »

Au-delà de la décentralisation, qu’est-ce qui pourrait fédérer cette Région, rassembler tous les territoires autour d’une identité régionale ? Un événement culturel ? Ou sportif ?

« Nous redonnerons au contraire leur identité propre aux départements et aux communes. Fédérer à l'échelle de la grande région qui n'a pas d'identité propre n'a pour nous aucun intérêt. Les gens sont perdus avec toutes ces soi-disant réformes territoriales. Nous, ce que nous souhaitons, c'est aménager le territoire de la Nouvelle-Aquitaine : construire des routes, remettre des trains sur les rails, apporter la fibre optique dans chaque maison, y compris isolée, lutter contre les déserts médicaux et les déserts de service public. Et ce que nous souhaitons par-dessus tout, c'est faire de la Nouvelle-Aquitaine un territoire de plein-emploi, où il fait bon vivre, avec des villes moyennes dynamiques qui seront les traits d'union entre les territoires ruraux et la métropole. L'identité régionale n'existe pas : nous soutiendrons les identités locales, les usages locaux, les traditions, les festivals... et nous en ferons la promotion auprès du plus grand nombre. Notre projet c'est la diversité, plus que l'identité ! A force de tout vouloir tout fédérer, on perd ses repères. Or, aujourd'hui, tout le monde a besoin de retrouver des repères. »